A NOITE mardi 25 novembre 1952
Letras e Arte
Laribe construit sa peinture
Lucette Laribe cette exotique française, dont l‘insatiable sensibilité cherche au Brésil les motifs régionaux chauds et métis, audacieux, hardis et rebelles – en contraste avec la clarté de la culture de son pays qui s’étend aussi jusqu’à nous dans l’Occident latin. – Elle expose une fois de plus à la même Galerie de l’A.B.I où elle a débuté et où elle est fidèle dans sa prédilection pour bavarder par l’intermédiaire de ses tableaux avec le public carioca. Depuis plusieurs années j’accompagne son art et je sens que sa peinture prend un chemin plus constructif, plus organisé. Cette impression provient de l’ensemble de ses travaux comme également de chaque toile en tant qu’unité présentée.
Les volumes sont mieux perceptibles, plus visibles dans la riche dissociation des surfaces illuminées et des parties sombres. Elle joue de ces effets avec liberté sans plus d’engagements avec la logique, lui préférant les compromis avec l’esthétique. Elle expérimente la légitime attraction du cubisme. La tendance de Picasso, Braque et de la légion de leurs disciples constitue le meilleur chemin pour tirer du monde objectif (encore dans la réalité monotone de ses composants) les éléments de forme, couleur et volume qu’il suggère, permettant des compositions qui prennent leur valeur par la relation de ces éléments, c'est-à-dire par la plastique qui lui est conséquente et non par le motif retraçant la signification de chaque chose.
Les artistes créateurs du cubisme dépassent du domaine de l’art abstrait, fixant leurs émotions en termes purement pictoriques - symphonies qui tentent au moyen de la palette une similitude avec les grandes abstractions de la musique. Lucette Laribe est actuellement entre le cubisme et l’abstractionnisme. Pour ce dernier, malgré la vigueur de sa technique, un sentiment vers le classique s’exprime dans les compositions, et ce sentiment se confirme avec un certain avantage dans les abstractions.
Lucette marche avec fermeté dans un chemin clairement tracé. Ses toiles ont gagné un autre intérêt parce qu’elles révèlent les qualités essentielles de la construction. On ne joue pas à être peintre.
La peinture est une chose très sérieuse, conséquente d’une base scientifique et sans cette base tout s’efface comme un nuage de tonalités. La phase actuelle de Laribe est une franche période de construction.
Celso Kelly