O  JORNAL    - Jeudi 10 août 1950

ARTS   PLASTIQUES 

Quirino Campofiorito


Lucette  Laribe

Lucette Laribe expose à Rio, individuellement pour la troisième fois. Ses premières expositions n’ont pas eu le mérite d’attirer l’attention de la critique. Une de ces réalités qui arrive sans explication, car l’artiste peintre qui actuellement expose au salon du Ministère de l’Education et Santé révèle des qualités de technique et de sensibilité dignes de beaucoup d’estime. Finalement, c’est maintenant que la critique commence à prendre ses responsabilités en regard des jeunes peintres. Une exposition comme celle de Lucette Laribe a le mérite de donner l’exemple au niveau de la maîtrise de la technique, dans ce que l’artiste peut exalter avec ses sentiments de liberté. Lors de ses premières expositions, bien que nous reconnaissions en Lucette Laribe cette belle qualité de compétence de son métier, il nous a toujours semblé que l’artiste freinait ses sentiments par une obéissance presque scolaire, dérobant à l’œuvre la chaleur d’une sensibilité moins objective.

Nous pouvons dire maintenant que l’artiste a pu dépasser cet état, fixant dans ses récents tableaux une valeur picturale expressive plus sévère, correspondant aux exigences de la peinture, que celle-ci doit posséder comme structure artistique pour ses recours de représentation. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que la peinture est surtout de la couleur, dans le sens ou celle-ci est appréciée dans sa plus pure vibration.

Nous estimons aussi la couleur dans les tonalités plus apaisées, suaves, d’une musicalité en sourdine, avec la poésie des atmosphères denses et brumeuses. Nous apprécions également les accords violents dans lesquels la couleur plus intense peut faire vibrer la vision.  Dans l’évolution de la peinture contemporaine, les « fauves » ont eu cet inégalable mérite, celui de dominer, par sa présence dans le tableau, la pureté de la couleur, faisant valoir la spontanéité et la gaîté visuelle du peintre. Lucette Laribe est coloriste dans ce sens. Ses couleurs sont limpides, gaies et invitent à la vie. Les plus récentes toiles conservent la même audace de ses habituelles tonalités, mais un esprit de synthèse dans la forme, densifie mieux les volumes et prête plus de subtilité aux contours. Quelques compositions d’une série avec des fruits, des fleurs et des objets, où la couleur apparaît au moyen d’une matière picturale suggestive et plus expérimentée, une limite de forme avec un contenu stylistique plus pur.

Ces qualités sont particulièrement notables en « Mamão » et « Fleurs et fruits » C’est avec beaucoup de sagacité que cette artiste résout la juste position des couleurs sans avoir recours à l’excès de mélanges qui pourraient lui perturber la vibration particulière à sa sensibilité. Volume et couleurs sont deux valeurs précieuses dans un tableau, elles s’harmonisent  spontanément. Quelques compositions de fleurs révèlent une tendance décorative telles « Fleurs de jardin » et « Fleurs d’alamandas » Dans la première toile, de technique à l’huile, l’artiste nous offre un tableau gracieux et original, inspiré par la stylisation. Une petite toile dans laquelle domine une fleur jaune traduit une tendance abstractionniste qui enrichit aujourd’hui le sens pictural de Lucette Laribe dont la nature reste l’inspiratrice de ses tableaux.

Dans la série de scènes populaires l’artiste fixe ses qualités de dessinatrice et coloriste, prêtant aux motifs interprétés la surprise d’une observation intelligente et sincère, la franchise et la curiosité de celui qui sait révéler un commentaire à travers la peinture.

Parmi ces toiles nous remarquons « Marché à Bahia », « Blocos de sujos » Carnaval, « File pour l’eau » « De l’eau pour la favela » et « Samba carioca ». Les gravures sont également intéressantes, comme quelques portraits dans un ensemble de 60 tableaux présentés par Lucette Laribe.